Les cendres au fond du jardin

Les images d’Emilie Muller invitent au voyage dans un temps éternel composé d’histoires qui dialoguent sur le mode du hasard objectif.

A rebours de la logique cartésienne qui privilégie l’oubli et la causalité simpliste, l’expérience ici tresse une série infinie de temporalités et d’espaces : alors que le présent se conjugue à un passé sans cesse réinventé, l’ici et l’ailleurs permutent  volontiers leurs allés et retours.

C’est alors que la route se met à ressembler à la Vie elle-même, avec ses avancées et ses enlisements, ses partages et ses  solitudes, ses rêves et ses réalités. Ponctué de regards qui n’appartiennent à personne, tout entiers dévolus à la réminiscence  et à l’écho   – autant qu’au besoin inépuisable de voir et de savoir qui guide Emilie –,
le parcours devient voyage initiatique. Si la nostalgie ludique nourrit un roman familial à lire entre-les-images, l’œuvre toute entière apparaît comme une tentative puissante et courageuse  de cerner les beautés et les contradictions inhérentes à  l’humain.

Mireille Berton

Ce livre constitué de deux tomes (pour un total 2114 pages) incorpore des images réalisées entre 1910 et 2014. Plusieurs registres d’images y sont présentés: un reportage qui constitue le fil rouge du livre, des images d’archives de ma famille, des images issues de mon travail personnel.

Le titre fait référence aux cendres de mes grands parents qui, selon leur souhait et sans aucune plaque commémorative, se trouvent dans le jardin de notre immeuble familial (où 4 générations se sont succédées). après leurs décès consécutifs en 2006, je me suis chargé de vider leur appartement et c’est là que j’ai découvert la riche archive familiale.

J’ai souhaité faire ce livre comme une forme de mémorial mais surtout pour susciter une réflexion sur des concepts qui, s’ils sont personnels n’en demeure pas moins universels.

Le fil rouge du livre est un reportage réalisé en mars 2013 lors d’un voyage en 4×4 avec mon père dans le désert tunisien. Le désert, lieu idéal de l’introspection et des questionnements existentiels, est traversé de couverture à couverture, et les traces laissées sur le sable se font parallèles du cheminement de la vie. Au détour de ces dunes, s’enchevêtrent d’autres images et séquences, comme autant de souvenirs et de projections. Pour prendre un exemple, dans certaines images de mon travail personnel, les vêtements de jeunesse de ma mère, de ma grand-mère sont inlassablement réutilisés créant ainsi une mise en abîme et un écrasemement des calques temporels. Les images d’archives sont utilisées comme liants, établissant des correspondances visuelles, causales et chronologiques.

Afin de permettre une lecture projective, j’ai choisi de ne commenter aucune image dans le livre, chaque photographie est datée.

Emilie Muller